Une approche sur l’étude des styles et du Mobilier (3)

Art, peinture, décoration et architecture (3-3) :l e style Empire.

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Notes personnelles :

Pour une meilleure compréhension des Arts Décoratifs et du mobilier en particulier sur la période qui suit la chute de Napoléon Ier en 1815, il m’apparait nécessaire d’évoquer, en préambule, le mobilier Empire. Chaquestyle, même s’il s’inscrit en rupture, a toujours repris quelques principes du style qui l’a précédé et annonce, d’une certaine manière, le style qui va suivre. Pour citer un exemple, voici ci-dessous, l’exemple du lit bateau.

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Le mobilier Empire :

Inscrit dans un style qui se situe entre 1804 et 1815, il est imposant mais d’une grande richesse, et subit toujours l’influence de l’art antique tout en s’alourdissant.

Les essences de bois :

Essentiellement de l’acajou, ronceux, moiré, moucheté, massif pour les meubles luxueux, en placage pour les meubles plus modestes. Le bâti du meuble est souvent collé assez grossièrement. L’acajou est parfois incrusté d’ébène, de bois clair ou d’acier.
Autres essences : l’érable, la loupe d’orme, le citronnier, avec incrustations d’acajou.
De rares meubles en bois peint blanc et quelques meubles rustiques en noyer.

L’ornementation :

Peu de sculptures dans le style Empire, mais beaucoup de motifs de bronze mat ou brillant, doré, noir ou vert antique. Nombreuses colonnes, droites, effilées avec laurier en bronze doré, chapiteau et base de métal doré.

Les principaux motifs : trophées antiques et guerriers, emblèmes impériaux comme le « N » couronné, l’abeille, l’aigle impérial, les étoiles, motifs égyptiens comme le sphinx, lotus. Pour les motifs animaliers, ce sont les griffons, les chimères, les centaures, les dauphins, les cygnes, les oiseaux, les losanges avec un trèfle central, des couronnes de roses et,  surtout pour les serrures, des oves, des rais de cœurs, des trèfles, des femmes aux ailes déployées et enroulées, sans oublier la branche de laurier, l’acanthe allongée et stylisée, les rosaces formées de feuilles à quatre lobes.

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Le piétement :

Piétements lourds, en colonne, en balustre, en gaine de sabre, en pieds d’animaux et griffes de lion, en griffons, en cariatides ailées. Ils se prolongent par des visages féminins, ou des sphinx ailés et font suite aux accoudoirs pour les sièges. Ils se terminent souvent en toupie carrée.

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Les sièges :

Ils en imposent, mais sont plus confortables que sous le Directoire. Les pieds antérieurs sont droits et travaillés. Ils montent sans interruption jusqu’aux accotoirs, auxquels ils se rattachent souvent par un buste féminin.
Les accotoirs sont droits et rembourrés. Ils reposent parfois sur des cygnes ou des lions ailés.
La ceinture du siège est large et sculptée de motifs : étoiles, rosaces, palmettes.
Les dossiers sont la plupart du temps droits, carrés et rembourrés.

Les chaises. En acajou, en bois exotique, en bois peint en gris ou en vert.

Quatre types de dossiers :

En crosse, forme empruntée au style Directoire.

En gondole.

Droits, surmontés d’un fronton triangulaire.

A bandeau.

La ceinture est ornée des motifs du style: palmettes, dessins géométriques.
Les pieds arrière sont en sabre.

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Les fauteuils. Imposants, souvent chargés de bronze doré. Pieds en forme de gaine dont l’extrémité inférieure est souvent en griffe de lion, en palmette renversée, ou en pied de sarcophage, l’extrémité supérieure étant un buste féminin ou une tète égyptienne.
Les dossiers sont généralement droits ou légèrement enroulés vers l’arrière.
Les bras se terminent souvent en col de cygne, boule ou simplement en angle droit.

Les tabourets. Ils reviennent à la mode et sont très répandus. Les tabourets Empire sont en forme d’X, sans accotoirs ou avec accotoirs, style sièges curules.

Les canapés. Le canapé devient un meuble fixe, très bas, il se rapproche du lit. Le canapé Empire est à deux dossiers d’égale hauteur enroulés vers le haut.

Piétement des canapés:
soit formé par la ceinture elle-même qui est un bloc reposant sur le sol;
soit deux par deux cubes ou deux griffes de lion.

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Les tables :

Rondes, très rarement rectangulaires ou hexagonales. Elles sont formées d’un plateau circulaire en bois, marbre, porphyre ou mosaïque.

Piétements les plus courants:

Un groupe de trois ou quatre pieds reposant sur une base uniforme ou triangulaire, pieds en colonne ou cariatides (sphinx, lions, chimères).

Un gros pied central sur une base triangulaire.

Un pilier central se divisant à la base en trois pieds terminés par des griffes de lion.

Les petites tables :

Elles sont rondes, carrées ou rectangulaires.

La table de nuit ou somno, massive et cubique.

La table bouillotte, légère et ronde, dessus de marbre, tiroirs et tirettes.

La table jardinière, en bronze doré et ciselé reposant en général sur un trépied formé d’animaux ailés ou de figures.

La table à ouvrage.

Les guéridons :

Ce sont des tablettes rondes, le plus souvent en marbre. Plusieurs déclinaisons :

A base et plateau circulaires de même dimension reliés par trois ou quatre colonnettes, motif au centre du plateau inférieur.

A pieds simples et légers.

A base triangulaire sur trois pieds souvent incurvés.

Les tables coiffeuse : 

Réduites souvent à un miroir posé sur un meuble, mais parfois une combinaison de psychés et de consoles, rares cependant.

Les consoles :

Meubles typiques de l’époque impériale.
Deux pieds avant à cariatides; sphinx, lyres ou griffons; les pieds arrière sont d’une grande simplicité.
Ceinture décorée ; motif ornemental au centre et de chaque côté au-dessus des montants.
La console repose sur un socle massif.

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Les commodes :

Rectangulaires et en bois sombre, recouvertes d’un plateau de marbre gris foncé ou noir.

Les commodes Empire sont le plus souvent à trois ou quatre tiroirs et ornées de bronze, avec des cariatides aux angles et des palmettes.

Elles peuvent être aussi composées d’un tiroir en ceinture et de ventaux qui referment trois rangées de tiroirs comme sur l’exemple ci-dessous, en acajou et encadrée de bronzes dorés, estampillé Jacob Desmalter.

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Les bureaux :

Les tables à écrire :

Quatre pieds puissants reliés par une traverse portent un épais plateau à dessus coulissant qui recouvre la table à écrire proprement dite.

Les bureaux ministre :

Meubles importants et lourds, caissons latéraux et tiroirs superposés, socle plein. Une nouveauté: le bureau-piano, dont le plateau peut s’élargir et reculer au moyen d’un mécanisme à crémaillère.

Le secrétaire à abatant (le plus courant).

Simples et élégants. En acajou massif avec un intérieur le plus souvent en citronnier. Plateaux en marbre aux montants étroits surmontés de cariatides ou de cygnes. Tiroir situés sous la tablette supérieure.  La partie supérieure comprend l’abattant qui découvre une série de tiroirs et de niches encadrés parfois par un portique ou une arcade à colonnettes. La partie inférieure se compose de trois tiroirs ou deux vantaux.

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Les secrétaires à cylindres.

Imposants, composés d’un corps en cylindre supporté par deux groupes de quatre pieds. Au-dessus du cylindre: une bibliothèque ou une rangée de tiroirs.

Les bonheurs du jour. 

Plus rares avec un corps massif et rectangulaire reposant sur une sorte de console rectangulaire à socle.

Les psychés :

Composés de deux montants droits en colonne ronde ou carrée, ornés de motifs de bronze et de guirlandes surmontées d’un motif comme une pomme de pin, ou une tête antique, ou  une urne, ou un vase. Souvent munies de bras de lumière, parfois montées sur un sphinx ailé. Le cadre cerne une grande glace rectangulaire ou ovale. Le piétement est en socle massif ou formé de quatre pieds bas en X.

Les armoires :

Moins à la mode sous ce style, on trouve plutôt  à cette époque le bas d’armoire pus à la mode qui est une sorte de commode haute à deux vantaux dissimulant souvent des tiroirs.

Les bibliothèques :

Imposantes et généralement sans pieds. Elles reposent sur leur soubassement et sont à grandes vitrines, qui s’arrêtent souvent en hauteur aux 2/3 du meuble. La partie inférieure est plus ou moins décorée.

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Les lits :

Pas de lits de milieu. Les lits Empire sont adossés au mur et sont souvent posés sur une estrade.

Le lit-bateau, ou en gondole est rehaussé de bronze, simplement peint ou sculpté, avec eux traversins à la tête et au pied. Les deux dossiers sont d’égale hauteur et incurvés vers l’extérieur.

Le lit droit, avec deux dossiers droits, à pilastres ou à cariatides.

Ci-dessous, « Chambre de l’Empereur à Versailles », travail d’étudiant (Académie Charpentier, section architecture intérieure, promotion 1990).

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En ce qui concerne l’hygiène, le mobilier n’est pas en reste, et concerne la table de toilette et le lavabo. 

Les meubles les plus courants sont les tables de toilette qui se composent d’une ceinture à plateau de marbre, supportées par des pieds en X ou en lyre. Sur le plateau, de chaque côté, deux montants de bronze en forme de candélabre ou de carquois à bras de lumière supportant un miroir mobile.

Les lavabos, inspirés du trépied antique se composent de trois pieds terminés en griffe d’animal reposant sur une base, avec deux plateaux. Celui, en partie supérieure porte la cuvette, l’autre, en partie inférieure est appelé aussi tablette d’entrejambe et porte le pot à eau.

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Deux pièces emblématiques du style Empire :

L’athénienne :

Une athénienne est un meuble qui peut avoir trois fonctions, lavabos comme ici, jardinière ou brûle-parfum. Le mot apparaît en 1763, sous le règne de Louis XV, au moment de la présentation du tableau éponyme de Joseph-Marie Vien, qui montrait une prêtresse à Athènes célébrant le culte d’Athéna en utilisant un meuble de ce type. Le tableau fut largement gravé et diffusa ce type de meuble dans l’Europe entière.

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Ce meuble ne pouvait qu’être un élément soulignant le prestige de l’Empereur Napoléon Ier, qui n’a pas manqué de s’en commander une, et c’est l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais qui s’en est chargé en 1800.

Ci-dessous, les détails reprennent les codes qui caractérisent le style Empire comme les pattes de lion, les dauphins qui ornent les pieds du meuble à la jointure de la tablette qui porte l’aiguière en argent, ce vase à eau, muni d’une anse et d’un bec, sans oublier les cygnes qui supportent la bassine.

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La méridienne :

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Rendu plus célèbre grâce au tableau « Madame Récamier » peint par David, cette œuvre inspiré des artistes, comme René Magritte ou des contemporains et des publicitaires en particulier, comme ceux qui ont imaginé la campagne d’affichage et le spot télévisuel de la marque Jean Prévost en 1982.

Bien qu’opposante au régime de Napoléon Ier, ce qui lui vaudra l’exil, d’ailleurs, madame Récamier, paradoxalement, n’en a pas moins adopté le style du mobilier de l’époque.  Autrement dit, ce tableau est un élément qui contribue à la valorisation du style Empire qui se réfère à une antiquité romaine fantasmée et idéalisée, accentué par la pose du modèle et les plus du drapé de sa robe. Tout laisse à supposer que madame Récamier se voudrait patricienne romaine. Le candélabre à gauche non seulement contribue à l’équilibre du tableau, mais aussi accentue l’esprit antique.

A noter que la hauteur des deux dossiers en crosse de la méridienne est identique mais il existe aussi des modèle avec des hauteurs différentes.

L’essence du bois semble être de l’acajou moucheté, mais le piétement qui se termine en toupie est accentué par l’application d’un vernis foncé, contrairement aux autres parties sur lesquelles est appliqué un vernis clair. Cependant, le meuble qui a servi de modèle est en placage de citronnier et d’amarante.

Les ornemanistes et les ébénistes sous l’Empire :

Charles Percier (1764-1838) et Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853) sont les deux principaux architectes-décorateurs du Consulat et de l’Empire.

Georges II Jacob (1768-1803) et François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter (1770-1841).

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Page 9 et fin.

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Analyse du mobilier ci-dessous.

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Le nom : Console murale

Le style : Premier Empire

La fonction : Meuble d’apparat servant de support, pour les mettre en valeur des pièces tout aussi prestigieuses, voire plus que le meuble lui-même. Cela peut-être des vases, et/ou une pendule, un buste, « à la gloire » de tel ou tel personnage important à commencer par l’Empereur lui-même.

Les matériaux des différentes parties : chêne, acajou, bronze patiné et doré, marbre bleu veiné.

Les particularités : de bas en haut : socle rectangulaire apparemment en chêne sur lequel reposent en façade deux cariatides en bronze patiné et doré, elles même posées sur un support en bronze doré. Les deux pilastres arrière en acajou, encastrés au sol par une ceinture rectangulaire apparemment en bronze doré sont aussi ceinturés sur leur partie supérieure par deux filets du même métal et du même rendu.

Deux filets en bronze doré de largeur différente ceinturent la partie sommitale en acajou avant que celle-ci ne parte en bizot. Repose sur celle-ci un plateau en marbre bleu veiné.

Conclusion : un meuble, le plus utilisé à cette époque, inspiré de ceux estampillés des frères Jacob, François-Honoré-Georges et Georges comme l’exemple sur la planche suivante. C’est uns ensemble strictement symétrique fait de lignes pures et droites. Les deux piliers pleins en arrière et qui rejoignent le socle rectangulaire massif est typique du style Empire, tout comme les deux cariatides, ces figures féminines drapées et sculptées qui sont empruntées aux temples antiques. Elles symbolisent un témoignage de l’influence antiquisante du style Empire

Par la reprise de ce type d’éléments, Napoléon souhaitait ainsi s’identifier aux empereurs historiques.

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Pour aller plus loin :

Console estampillée des frères Jacob.

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Biographie des frères Jacob et de leur ascendant et du descendant de François-Honoré-Georges (extraite du site https://www.napoleon.org/).

Georges Jacob (1739-1814), le père, le grand Jacob, est né à Cheny, près de Migennes (Yonne), le 6 juillet 1739.

Il était le fils d’Étienne Jacob (1705-1755), vigneron, et de Françoise Beaujean, son épouse. À la mort de son père, Georges vient à Paris, travaille chez un maître ébéniste et accède à la maîtrise en présentant, pour son chef-d’œuvre, un petit fauteuil de bois doré (4 septembre 1765). Deux ans plus tard, il épouse, à Paris, Jeanne Loyer, originaire d’une famille de brodeurs, âgée de seize ans (1751-1817) ; ils auront cinq enfants, dont les deux aînés, Georges II et François seront, eux aussi, des ébénistes.

Très vite, une belle clientèle permet à Georges Jacob d’installer ses ateliers, d’abord rue de Cléry, puis, en 1775, 57, rue Meslée (aujourd’hui Meslay, Paris, IIIe), avec de vastes ateliers et hangars, où il occupe, au premier étage, un appartement d’une dizaine de pièces. Il fabrique alors, dans le style Louis XVI, du mobilier de salon et de chambre à coucher (fauteuils, chaises, canapés et lits de repos). Notamment, il est le fournisseur des Tuileries, de Marie-Antoinette et des princes, frères du Roi.
Lors de la Révolution, il est ruiné par l’Émigration (ses débiteurs partent sans le payer). Et, compte tenu des événements, il abandonne le style Louis XVI et opte pour le style gréco-romain, imaginant de nouvelles formes et employant essentiellement l’acajou, en véritable précurseur du style Empire. Cette novation se retrouve dans le mobilier qu’il fournit au peintre David et celui qu’il fabrique, en collaboration avec Percier et Fontaine, pour la salle de la Convention. Sa production porte l’estampille G.Jacob.

Sous la Terreur, il passe, par trois fois, devant le Tribunal révolutionnaire, accusé d’avoir travaillé pour Capet et les ci-devant nobles. Malgré le don de 500 crosses de fusils et la protection de David, il est incarcéré à la Conciergerie et n’est libéré qu’après le 9 thermidor (27 juillet 1794).

Ensuite, Georges Jacob, qui a 55 ans, fait confiance à ses deux fils aînés, Georges II et François, depuis longtemps associés à ses travaux. Il leur loue son entreprise, sous la raison sociale de Jacob Frères (1796), puis, après la mort de l’aîné, Georges II (1803), en constituant avec le cadet la Société Jacob-Desmalter et Cie, qui travaillera activement pendant tout l’Empire. Georges Jacob père est arbitre auprès du Tribunal de commerce de Paris.
Cependant, la crise économique et les retards de paiement de l’État entraînent la faillite de la société en octobre 1813. Georges Jacob, qui s’était porté caution, est ruiné. Agé de 74 ans, en mauvaise santé, il se retire dans une institution de Chaillot. En novembre 1813, l’architecte Fontaine, qui surveille les travaux du palais du Roi de Rome, sur la colline de Chaillot, le présente à Napoléon, qui promet de le secourir. Mais l’Empire touche à sa fin et Georges Jacob meurt peu après, rue Meslay, le 5 juillet 1814.

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Georges II Jacob, dit l’Aîné (1768-1803).

Né à Paris, le 26 mai 1768, il travaille très tôt avec son père et il est associé avec son frère, François, sous la raison sociale Jacob Frères ; les deux frères exerceront cette activité de 1796 à 1803, date de la mort de Georges II.
Demeuré célibataire, Georges II Jacob vivait dans la maison familiale, rue Meslée. De santé fragile, il s’occupait surtout de l’administration de l’affaire. C’est son frère, François, qui assurait la direction technique de la fabrique. Leurs productions porteront l’estampille Jacob Frères, Rue Meslée. Elles rappellent encore par l’élégance de leurs lignes et l’emploi de l’acajou et de différents bois, ornés de diverses incrustations, celles de la période précédente (Guy Ledoux-Lebard). Leur nouvelle ligne générale met fin à la sévérité caractérisant le style Directoire et autorise à une première rencontre avec les formes tout en rondeur de la période qui s’annonce, celle de l’harmonieux et apaisé Consulat (David Chanteranne).

C’est aux Frères Jacob que Joséphine Bonaparte commande des meubes délicats, aux formes nouvelles, pour sa maison de la rue Chantereine. Peu après, ils meublent l’hôtel de Madame Récamier, rue du Mont Blanc (Chaussée d’Antin), selon les projets de l’architecte Berthault (voir Le mobilier de Mme Récamier, par D.Chanteranne, Revue Napoléon Ier, n°6, janvier-février 2001, p.66). Le lit de Mme Récamier (Musée du Louvre) utilise, pour la première fois, la forme  » bateau  » ainsi que les cygnes au titre de la décoration.
En 1800, le Premier Consul leur commande tout le mobilier de Malmaison et celui des Tuileries. Parmi leurs autres clients, on peut citer le général Moreau, Cambacérès, Gaudin, Mlle Mars…

Aux expositions des produits de l’Industrie de l’an IX (18 septembre 1801) et de l’an X (22 septembre 1802), installées dans les galeries du Louvre (1), les frères Jacob sont récompensés par une médaille d’or :  » Leur style est d’un plus grand caractère, les détails de la sculpture y sont traités avec perfection « .
Quant Chaptal visite leur fabrique, en mars 1803, il y découvre de nombreux ateliers : menuiserie en bâtiment, menuiserie en meubles, sculpture en figures, sculpture en ornements, tournage, peinture et dorure, ébénisterie, polissage, fonte moulure, dorure sur métaux, moulure, tapisserie et serrurerie-mécanique : 322 ouvriers, 11 contremaîtres et 9 apprentis y travaillent.
Les projets de dessins de meubles, demandés à Percier et Fontaine, sont mis en oeuvre par les meilleurs artistes et artisans de l’époque. Toutes les espèces de bois sont utilisées, surtout l’acajou, l’ébène et l’if des Indes.

Georges II Jacob meurt à Paris, le 23 octobre 1803, à 35 ans. Il est inhumé à l’ancien cimetière Sainte-Marguerite jouxtant l’église de même nom (actuellement, 36, rue Saint-Bernard, Paris XIe).

François-Honoré-Georges Jacob (1770-1841).

Né à Paris, le 6 février 1770, il avait, lui aussi, fait son apprentissage chez son père et ajouté à son nom patronymique celui de Desmalter, en souvenir d’une terre de ses aïeux, à Cheny, en Bourgogne,  » Les Malterres « . Il s’était marié, le 21 avril 1798, avec Adélaïde Anne Lignereux, âgée de seize ans, fille de l’ébéniste Lignereux, dont il aura 5 enfants (4 filles et 1 fils, Georges Alphonse, voir ci-dessous).

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À la mort du fils aîné, Georges II, le grand Georges Jacob, le père, revient aux affaires et forme une nouvelle société avec son fils cadet, François (13 novembre 1803), sous la raison sociale Jacob Desmalter et Cie. Les productions de cette nouvelle société porteront l’estampille Jacob D (Desmalter), R. Meslée, ou, plus rarement, J.D. Leur activité est intense, les commandes affluent.
Bientôt, la société est à son apogée et les fils Jacob accèdent au titre envié de  » Menuisier-ébéniste-fabricant de meubles et bronzes de Leurs Majestés Impériales… ».
Ils vont meubler la Cour impériale et les grandes familles françaises, mais un tiers de leur production partira à l’étranger. Le garde-meuble impérial reste le principal client des Jacob et il est impossible de citer les centaines de meubles qu’ils livrent pour les résidences impériales, tant en France (Tuileries, Élysée, Malmaison, Saint-Cloud, Compiègne, Fontainebleau, Rambouillet, Trianon, Strasbourg) qu’à l’étranger (château Stupinigi près de Turin, de Monte-Cavallo à Rome et de Laeken, aux portes de Bruxelles).
Il faut y ajouter les fournitures pour le service de l’Empereur aux armées (2) pour ses frères et soeurs, le Corps législatif, le conseil d’État, ou celles fournies à l’occasion du sacre à Notre-Dame.
Parmi les plus célèbres : la chambre de Napoléon Ier et celle de l’Impératrice Joséphine (Malmaison), le trône des Tuileries, celui de Saint-Cloud (1804), installé à Fontainebleau en 1808 (Fontainebleau, Musée Napoléon Ier), le grand serre-bijoux de Joséphine (1809, Louvre), le berceau du Roi de Rome commandé en 1810 avant sa naissance (Fontainebleau).

Comme on a pu l’écrire :  Le mobilier Empire demande à être bien regardé. Les lignes sont toujours claires, les proportions parfaites. Parfois injustement taxé de rigidité, il étonne par la variété des détails que l’on découvre et qui, souvent discrets, contribuent à une harmonie d’ensemble. Le parti décoratif reste, le plus souvent, un savoir-faire du bois  » (Marie-Noëlle de Grandy, Le style Empire, sous la direction de Bernard Chevallier, Valmont Éditeur, octobre 2000, un magnifique ouvrage). Sur le joli ton de l’acajou, se détachent des ornements en bronze doré et ciselé, qui forcent l’admiration.

Mais les difficultés économiques (la crise de 1810), les retards de paiement de l’État, les prévisions optimistes du fils Jacob, qui avait vu trop grand, la volonté d’éviter des licenciements, entraînent la faillite (15 octobre 1813). Les scellés sont apposés sur les magasins et l’appartement de la rue Meslée. Cependant, les créanciers renouvellent leur confiance, accordent un concordat (18 février 1815) et la maison retrouve sa prospérité.
Sous la Restauration, elle reçoit des commandes de Louis XVIII, pour les résidences royales, de la duchesse de Berry, pour Rosny-sur-Seine, et de nombreux particuliers.
Le 1er janvier 1825, François Honoré Georges Jacob cède son affaire à son fils, Georges Alphonse, et se rend en Angleterre, appelé par le roi Georges IV, pour décorer Windsor. Après un séjour à Rome (1833), il revient à Paris, où il meurt, le 15 août 1841, à 71 ans.

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Page 16 et fin.

Georges Alphonse Jacob-Desmalter (Paris, 25 février 1799, Paris, 7 juin 1870).

Il avait été l’élève de son père et de l’architecte Percier. Il prend la direction de l’affaire le 1er janvier 1825. Mais ne pouvant rivaliser avec les fabriques modernes (le métier s’était trop industrialisé), il cède son affaire, en 1847, à la maison Janselme, et se consacre désormais, jusqu’à sa mort, à l’architecture. Il avait épousé Hortense Ballu, soeur de Théodore Ballu, un architecte réputé.

Ci-dessous, deux fauteuils d’une suite de quatre du château de Fontainebleau, créés par le frères Jacob.

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