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On ne présente plus Philippe Starck, né en 1949, et qui est un « touche à tout », autrement dit qu’il est intervenu et intervient sur les domaines qui vont de l’architecture à la création d’objets design dits « domestiques », comme son presse-citron, par exemple, en passant par des aménagements d’établissements recevant du public, comme le Café Coste à Paris ou de la création de mobilier, comme le fauteuil « Louis Ghost » que j’ai choisi de vous présenter.
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Aux origines : Dans le cadre d’une collaboration entre le designer et l’enseigne italienne Kartell, spécialisé dans la vente de mobilier contemporain, le fauteuil date de 2002 et fera partie d’éléments qui symboliseront très probablement le design du début du XXIe siècle. Il prend pour modèle le modèle du fauteuil à médaillon inventé par le menuisier en sièges Louis Delanois en 1769. Sans doute un clin d’œil de Philippe Starck pour la dénomination de son siège !!!???
Caractéristiques : 54 cm de largeur, 94 cm de hauteur, 67 cm de hauteur pour les accoudoirs, 47 cm pour l’assise, et pesant 5 kg 4. Pour le procédé de fabrication, le polycarbonate est injecté dans un moulage. Ce polymère dispose d’excellentes propriétés mécaniques et d’une résistance thermique permettant une utilisation entre −100 °C et 120 °C, qui fait de ce fauteuil tant un meuble d’intérieur que d’extérieur. Il est empilable.
La silhouette d’un fauteuil emprunté à un style du passé, à savoir le style Louis XVI, qui symbolise l’ordre, la rationalité et le pouvoir aristocratique, se voit transposée grâce au choix d’un matériau transparent issu d’une création industrielle mise au point en 1953 par les chercheurs Schnell, Bottenbruch et Krimm.
Pour l’analyse proprement dite, le siège est réduit à une pure forme graphique qui se réfère au souvenir d’un style dans une présence réduite au minimal, et révèle la distance qui nous sépare du modèle historique. La transparence confère à l’objet une dimension spectrale, autrement dit, sans la présence du bois, des textiles et des ornements, le fauteuil est visible mais presque désincarné.
La prouesse technique que permet le bicarbonate, offre la possibilité à Starck de sceller une rencontre entre l’héritage du luxe du passé et la logique industrielle contemporaine. Ainsi, une icône du pouvoir absolu d’autrefois peut être reproduite en milliers d’exemplaires. Ce qui relevait de la fabrication artisanale, donc plus rare, est transposé dans la fabrication industrielle en série. L’objet, et plus précisément le meuble du XVIIIe siècle, signe de distinction et de prestige social, devient un produit plutôt de masse (par ce son coût reste, quand même assez élévé), sans pour autant banaliser son prestige. La portée symbolique en est amplifiée et ce fauteuil pourra très certainement être considéré comme une icône du design contemporain, qui ne s’interdit rien, pas même de revisiter les formes du passé.
La révolution dans sa conception réside aussi sur le fait que le moulage soit monobloc. D’autres créations antérieures ont été aussi conçues en polymère, mais en pièces détachées ensuite assemblées. Je pense, par exemple, à la chaise « Universale » (1967) du designer italien Joe Colombo (1930-1971).
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Pour en faire une lecture qui se réfère à la pensée de Jean Baudrillard, le fauteuil Louis Ghost devient un signe culturel, un marqueur social, un élément du vocabulaire visuel de la modernité. D’ailleurs, s’il rencontre un succès certain dans les magazines, les hôtels design et les espaces institutionnels, c’est qu’il tient à sa capacité à communiquer immédiatement en devenant lisible au premier regard, identifiable sans ambiguïté, et même presqu’un logo, penseront certains. L’objet-usuel symbolise ainsi un élément d’un système de signes, un vecteur de reconnaissance et de connivence.
Pour conclure, « Louis Ghost » est non seulement un fauteuil mais participe à un dispositif critique comme une réflexion matérialisée sur le statut de l’objet dans un monde où l’image domine l’usage, où le symbole prévaut sur la fonction, et où le design devient le lieu privilégié d’une interrogation sur la culture elle-même. À la fois présence et absence, hommage et déconstruction, icône et fantôme, il condense en une seule pièce les questionnements qui ont traversé, traversent et traverseront le design du XXIᵉ siècle.
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Nicolas globe croqueur.
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