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Avant d’entrer plus dans les détails, voici en résumé les grandes caractéristiques de la période entre le Moyen-Âge et le style Louis XV.
La période du Moyen-Âge connaît une évolution lente. Bien qu’il existât déjà dans l’Antiquité, le mobilier est l’ancêtre de celui qui suivra dans les siècles à venir.
Il est lourd, stable est assez rudimentaire. Deux meubles principaux : le banc en chêne et le coffre, multifonction. Le mobilier était mobile du fait que leur propriétaires étaient itinérants.
Pour ce qui concerne la Renaissance, le meuble typique est le buffet, et, dans une moindre mesure, l’armoire. La sédentarisation fait que les pièces des habitations se voient désormais tendre à une fonction précise, attribution qui sera affinée dans les siècles qui suivront.
Les murs des grandes salles sont tendus de tapisserie, non seulement dans un but esthétique, mais aussi pour isoler du froid. L’ornementation se fait lourde et les meubles toujours massif, bien qu’une recherche d’affinement pointe son nez quand on s’approche du siècle de Louis XIV.
Sous le règne du monarque absolu, tout n’est que rayonnement et éclat. Les meubles devienne luxueux, aux essences de bois en chêne, ébène ou noyer, sculptés et dorés. Le château de Versailles, qui lui même s’inspire du château de Vaux-le-Vicomte, est la grande réalisation de Charles le Brun, qui conçoit des pièces en enfilade. Les scènes mythologiques ornent les murs et les plafonds et le mobilier devient un décor.
André-Charles Boulle, qui sera évoqué dans les pages détaillées ci-dessous est l’ébéniste du roi.
Le style Régence annonce celui de Louis XV et allégera la décoration alors que la recherche du confort rendra les meubles plus petits et maniables.
Le style Louis XV, raffiné et élégant, se caractérise par des lignes courbes et serpentines. L’ornementation de forme rocaille s’inspire des coquillages.
Le rococo, enfin, fera de la spirale son ornementation préférée. Le style Transition prend naissance en réaction contre les outrances du style Louis XV.
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Les grandes caractéristiques de la période s’étendant entre le Moyen-Âge et le style Louis XV.
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La définition du meuble est un volume, un bien qui peut être déplacé, en opposition à l’immeuble qui ne peut être déplacé. Un groupe de meuble s’appelle le mobilier.
La différence entre le meuble de style et le meuble d’époque, c’est que la conception du premier est postérieure à la période auquel il se réfère. Autant dire que des meubles d’époque sont plus rares que les meubles de style, surtout pour ce qui concerne ceux du Moyen Âge , et qui ont essentiellement disparus, mais que l’on peut voir représentés sur certaines enluminures.
Il est à noter également qu’un meuble d’époque restauré à plus de 35 % de sa constitution n’est plus considéré comme tel. Malheureusement, parfois, trop de parties sont abimées et doivent être remplacées par des répliques exactes, par exemple, pour ce qui concerne la marqueterie, assez fragile. Il en va de même en architecture avec l’exemple récent de la restauration de Notre-Dame de Paris.
Mobilier au Moyen Âge pré roman et roman (du Ve au XIIe siècle):
Constitution assez sommaire, sous forme de coffres, qui font office aussi d’armoires, de sièges, de tables, voire de lits.
La conception de ce mobilier se définit de la manière suivante : panneaux de planches en chêne (essence pratiquement exclusive pour cette période), assemblées par l’intermédiaire soit de traverses entaillées clouées, soit par des pentures appliquées clouées. Les têtes de clous sont travaillées par un souci d’esthétique. Le cuir est parfois utilisé pour protéger les panneaux.
La chaise existe aussi (avec le repose pieds), en chêne, a dossier vertical et à pieds tournés. Le fer forgé ou le bronze est aussi utilisé.
Le lit est à décor d’arcades et existe sous sa version pliable.
La table est constituée de planches et de tréteaux.
Mobilier au Moyen Âge gothique (du XIIIe au XVe siècle):
Les ouvriers sont regroupés en corporations avec une hiérarchie qui commence par les apprentis, qui deviennent ensuite compagnons et, pour certains, maîtres, après avoir présenté un chef-d’œuvre devant une commission d’examen appelée jurande.
Voici une définition plus précise du menuisier, extraite sur le site https://passerelles.essentiels.bnf.fr :
« Le terme « menuisier » provient du latin minutiare (rendre menu). Car, contrairement au charpentier qui travaille les grosses pièces de bois, le menuisier n’œuvre que sur des petites pièces (mobilier, volets, panneaux, parquets…). Il est aussi appelé « charpentier de petite cognée ». Si cette distinction est effective en 1280, le métier de menuisier s’est parfois confondu avec celui d’ébéniste ou de lambrisseur. On pouvait également appeler les menuisiers en fonction de leurs spécialités : huchers, huchiers, ou faiseurs de huche (spécialistes des meubles), huissiers faiseurs d’huis (spécialistes des portes et des fenêtres), lambrisseurs (murs intérieurs et plafonds)… Pendant l’Ancien Régime, les menuisiers faisaient partie de la grande corporation des Charpentiers ».
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Un affinement et un raffinement dans les motifs empruntés à l’architecture font leur apparition comme la reproduction des fenestrages, des décors de panneaux dits « serviette » ou « parchemin plissé ».
Les représentations humaines et naturelles supplantent peu à peu les représentations bestiaires.
Les décors étaient principalement sculptés, mais le moulurage refait son apparition au XVe siècle par une technique d’assemblage par quart de cercle ou par couple d’onglet fictive.
Les techniques d’assemblage s’affinent, les chevilles en bois remplacent les clous, apparition de la queue d’aronde pour permettre d’assembler à angle droits et l’apparition des colles de peau ou de la colle de fromage au milieu du XIIIe siècle permet des assemblages à plat joints.
De nouveaux outils apparaissent, sans doute grâce à ce l’évolution dans l’art du mobilier qui avait un siècle d’avance de l’autre côté des Alpes à une époque ou le Royaume de France était encore empêtré dans la guerre de cent ans, peu propice à l’épanouissement des arts, de l’architecture et de l’artisanat.
Ils servaient à affiner le traitement du bois comme le rabot, la varlope, le rifflart par exemple.
Le bois retenu était toujours principalement le chêne, comme à l’époque romane, mais certains artisans locaux travaillaient avec les essences des arbres qui se situaient à proximité de leur lieu de travail. Le circuit court, en quelque sorte.
La variété de meubles de cette période (hors lits et sièges) :
Le coffre (rangement), la huche et le bahut (fonction de conservation alimentaire, comme le pain).
L’armoire (fonction religieuse puisqu’elle servait à ranger les vêtements du prêtre), le buffet, apparu au XVe siècle (partie inférieure à l’air libre et partie supérieure composée d’une ou deux ventaux et parfois d’un ou de deux tiroirs).
Le dressoir (pour permettre de présenter de la vaisselle aux métaux précieux).
Le lectrin (servant de support à des livres, ou un prie-Dieu équipé d’un pupitre pour le soutien d’ouvrages).
La table (avec les mêmes caractéristiques de celles de l’époque romane).
Le lit : à colonnes et des menuiseries à baldaquin et fermé par des tentures qui, outre leur aspect décoratif, permet une isolation et une intimité. Une variante dite « en épervier » avec le ciel du tissu accroché au plafond par des cordons.
La variété de sièges :
Le banc, l’archebanc (coffre avec dossiers et accotoirs) le faudesteuil (métallique, bronze ou fer, quelquefois pliant), la chaire (pour les hauts dignitaires religieux, elle est « coiffée » en majesté par des étoffes ou un ensemble en bois sculpté, complété par un coussin de velours au XVe siècle), les stalles (rangées de sièges, qui peuvent être relevés, liés les uns aux autres et alignés le long des murs du chœur des cathédrales, églises, collégiales ou abbatiales), la scabelle (siège en bois peu élevé et facilement transportable).
Pour terminer, il est à noter que la plupart du mobilier était polychrome, donc, les couleurs ont disparues avec le temps. L’approche de la peinture sur le mobilier sur l’époque qui va suivre ne sera pas la même.
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Notes personnelles :
Les cours au Moyen Âge étaient itinérantes et le mobilier était transporté de château en château.
Lors des Croisades, les combattants occidentaux ont constaté l’avance qu’avaient prise leurs adversaires orientaux sur le raffinement et l’élégance de leurs résidences. Pour ne rester que sur le volet esthétique, sans avoir besoin d’aller si loin, l’Espagne mauresque au Moyen Âge était plus en avance sur ce point également. Une des merveilles architecturales que sont l’Alhambra et le Generalife à Grenade le démontre.
Les tapisseries murales, très présentes aussi dans les châteaux, n’avaient pas qu’une fonction esthétique. Elles servaient aussi d’isolant.
Mobilier à la Renaissance italienne (XVe et XVIe siècle) :
Nécessaire de l’évoquer ici puisqu’elle inspirera ensuite la Renaissance française.
Une rupture sur ce qui précède puisque le style gothique est rejeté au profit de références à l’Antiquité.
L’architecture inspire les créateurs du mobilier : fronton, entablement, colonne, pilastre, arcade.
La sculpture et la mouluration, déjà présente sur le style qui précède, est reprise pour la décoration en relief, ainsi que la polychromie matérialisée non seulement par la peinture, mais aussi par le stuc (mélange de chaux et de sable, ou de la poudre de marbre, ou encore de la poudre de brique), ou l’incrustation de pâtes colorées, de la marqueterie de différentes essences de bois, d’écaille, d’ivoire, de marbres ou de pierres de couleur.
Représentations humaines, animalières et naturelles. Le Noyer est préféré au chêne par ce que plus facile à sculpter.
Le mobilier :
Le coffre, avec un panneau sur la façade principale richement sculpté.
Le cabinet, à deux corps et à volet abattant sur la partie supérieure qui abrite des tiroirs,
La table, d’abord inspirée du modèle romain, composée d’un plateau rectangulaire qui peut être en marbre ou pierres précieuses, supporté par deux pieds reliés par une entretoise. Par la suite, elle est composée de pieds tournés en balustres et réunis par quatre traverses. Dans la ceinture coulissent deux tiroirs.
Le lit, composé de colonnes supportant un baldaquin.
Pour les sièges, le sgabello, à dossier en forme d’éventail et aux pieds courbes, le sédia, à tenailles repris sur un modèle antique, et le fauteuil rembourré, à accotoirs (bras horizontaux disposés de part et d’autre) et à haut dossier.
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Mobilier à la Renaissance française (XVIe siècle) :
Une transition par rapport à ce qui précède puisque le style gothique est repris à la première Renaissance, sous Louis XII et harmonisé avec des références antiques. En revanche, à la seconde Renaissance, sous François Ier, Henri II, François II, Charles IX et Henri III, il est abandonné.
Une continuité dans la structure par rapport à l’époque gothique (châssis assemblé à tenons et mortaise) et une nouveauté puisque le raccordement des moulures se fait à 45° d’onglet. L’assemblage à queues d’aronde simples et recouvertes est une technique pratiquée également.
Le huchier désormais appelé menuisier applique les principes de la construction architecturale. Tout comme pour la Renaissance italienne, le noyer est préféré au chêne par ce que plus facile à sculpter. Cependant, dans un esprit pratique de « circuit court », sans doute que, parfois, d’autres essences de bois ont été retenues pour la fabrication d’un meuble.
Le mobilier :
Le coffre, avec un panneau en façade très sculpté, comme pour la Renaissance italienne.
Le buffet, avec, parfois, du marbre incrusté.
Le cabinet : meuble sur pieds dont la façade comporte des tiroirs et des portes, est apparu à la Renaissance, directement inspirés de l’architecture antique. Un des « pièces maitresses » est exposée au musée de la Renaissance d’Ecouen, et date d’environ 1550. Il est appelé le « cabinet vénitien », d’un créateur inconnu qui a réalisé un exemplaire peu commun en forme de théâtre antique avec un travail sur la perspective tout à fait dans l’esprit de la Renaissance. Chaque anneau de la façade cache 31 tiroirs visibles mais aussi des cachettes invisibles dissimulées dans les tiroirs. Pour souligner d’avantage l’esprit Renaissance de ce meuble grandiose, le menuisier artiste a sculpté, sur tous les compartiments, les épisodes de la vie d’Achille, ce héros grec de la guerre de Troie que sa mère a plongé dans les eaux du Styx, le fleuve des Enfers, pour le rendre invincible.
Autre définition, extraite du site du musée de la Renaissance d’Ecouen : « Le cabinet vénitien est encore un exemple, et des plus somptueux, du compagnonnage très étroit qui se crée au XVIe siècle entre le mobilier et l’architecture. Sa composition évoque irrésistiblement Palladio et particulièrement son théâtre olympique de Vicence. D’autant que les innombrables arcatures bordées de balustrades encadrent des scènes peintes sur nacre, semblables à des petites fenêtres nous dévoilant la vie animée et colorée d’un monde inconnu. Ces façades en étages sont ponctuées de niches à fond bleu, ornées de statues en métal doré. Au centre, une sorte d’abside est surmontée d’une demi-coupole. Ce joyeux foisonnement recèle des dizaines de tiroirs miniatures, qu’on ouvre en tirant sur de petits anneaux fixés à des mufles de lions. Le tout est entièrement recouvert de plaquettes de nacre peintes d’arabesques d’or et de fleurs de couleur. Le cabinet, dépositaire des objets précieux, est lui-même devenu un bijou ».
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La table, d’inspiration de celle de la Renaissance italienne. Viennent ensuite des modèles plus élaborés, à huit ou neuf pieds et des volets coulissants permettent d’en augmenter la surface).
L’armoire (à deux corps et richement décorée). Un des plus beaux exemples est l’armoire de Clairvaux, exposé au musée de la Renaissance à Ecouen. Fidèle à l’intérêt porté aux références de l’Antiquité grecque et romaine, le menuisier a sculpté directement dans le bois des figures mythologiques à chaque angle de la partie supérieure du mobilier. Il s’agit de canéphores, ces jeunes filles chargées de porter les corbeilles d’offrande lors des cérémonies religieuses. Les panneaux, quant à eux, sont richement décorés des fameuses corbeilles de fruits, d’oiseaux et de fleurs, autant d’éléments que la Renaissance affectionne particulièrement. Cette « pièce maitresse » s’inscrit dans la droite lignée de ce que réalisait un célèbre menuisier bourguignon, sculpteur et graveur également, Hugues Sambin.
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Le lit : surmonté d’un baldaquin, comme pour les périodes précédentes, le lit à quenouilles est supporté par des colonnes d’angle généralement tournées.
La chaise à bras, avec un dossier qui ne dépasse plus la tête de la personne assise. L’assise est droite.
La caquetoire, à siège de conception trapézoïdale fixe ou à pivot avec un dossier incliné et à revers d’environ 12°. Le début d’un soucis d’ergonomie, en quelque sorte.
La chaise à vertugale ou vertugadin, une réplique du sgabello (à dossier en forme d’éventail et aux pieds courbes). Catherine de Médicis a importé le modèle italien.
Le siège à tenailles, inspiré de son modèle italien.
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Évocation sommaire du mobilier Renaissance flamande, espagnole et anglaise (XVIe siècle) :
Flandre : l’Art régional mosan, très florissant, développé dès le Moyen-Âge, autour de Liège et Dinant, a influencé le mobilier à la Renaissance. Une continuité plutôt qu’une rupture, en quelque sorte. Le goût flamand influencera ensuite l’Ecole de Bourgogne et le style Louis XIII.
Espagne : le style plateresque, une combinaison harmonieuse entre les influences chrétienne et arabo-musulmanes, notamment l’assemblage des motifs géométriques et des motifs figuratifs. Surtout utilisé à la première et seconde Renaissance, la troisième, sous le règne de Philippe II se concentre plus sur une influence italienne et devient plus sévère.
Une des pièces emblématiques de ce style est le vargueño (ou bargueño), du nom du village de Vargas (ou Bargas) près de Tolède, le centre de fabrication de ce mobilier. C’est une forme de cabinet à volet abattant composé d’un coffre mobile avec des poignées qui pouvait être posé sur un piétement caractérisé par un ensemble de colonnettes tournées.
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Angleterre : même si le mobilier est conçu selon les critères provenant d’une influence italienne, c’est surtout l’influence flamande qui prédomine, d’où une certaine sobriété (rythme horizontal des couronnements, pas de frontons arqués ni de cariatides. Les panneaux sont à compartiments géométriques et le décor sculpté est plus léger que ce qui se fait dans le Royaume de France.
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Mobilier Louis XIII (XVIIe siècle) :
Le style Louis XIII s’étend de 1610 jusqu’à la prise de pouvoir par Louis XIV en 1661. Il ne s’arrête donc pas à la mort du Roi en 1643.
Dans le style Louis XIII, les éléments de décoration en architecture sont appliqués sur le mobilier. Le rendu peut être soit sobre et droit, soit très chargé. Les inspirations sont italiennes et flamandes. Une des caractéristiques est le décor en pointe de diamant.
Autres éléments d’ornementation : la croix de Malte simple ou à facettes, les cornes d’abondance, les vases aux arrondis accentués, les motif fruitiers comme la pomme ou la poire, les palmes et les masques de chérubins, les godrons disposés en éventail, les branches de laurier et de palmier entrecroisées, les feuilles d’acanthe, les aigles aux ailes déployées, la tête de femme entourée d’une guirlande de draperie, le cartouche de forme allongée à bords renflés, la rosace, les colonnes placées aux angles de certains meubles et sculptées dans les montants, les panneaux simples formés de rectangles moulurés sur les bords. Les rectangles sont encastrés dans des panneaux et légèrement en relief, l’étroite moulure plane servant de bordure. Un nouveau savoir faire sur les systèmes de montage permet l’utilisation de moulures en bois tourné, sculptées profondément.
Pour le piétement : en balustres, en chapelets, en pieds bas ou en spirale, ou dits « os de mouton ». Pour les bahuts et les armoires, le pied droit à section rectangulaire prolongeant le montant du meuble, et le « fromage », sorte de boule aplatie.
Pour les sièges et les tables, les pieds sont reliés entre eux par des traverses d’entrejambe, parfois sans aucune décoration, parfois larges et sculptées.
Un nouveau procédé de construction voit le jour et consiste à coller des feuillets d’ébène de 8 à 10 mm d’épaisseur, qui sont sculptés en bas relief. Les menuisiers maitrisant cette technique seront appelé ébénistes et une nouvelle corporation apparait ainsi.
Deux autres nouvelles techniques apparaissent aussi : les incrustations de lames de bois ou de feuilles de marbre, et l’assemblage de morceaux de bois assemblés, d’essence similaires ou différentes pour créer un décor. Autrement dit, la marqueterie.
A noter aussi que c’est aux alentours de 1610 qu’émergent les prémices du concept de la décoration intérieure avec l’attribution des fonctions des pièces. La tapisserie est un élément important dans cette intention.
Le mobilier :
Les chaises : essentiellement en noyer, avec des pieds reliés par des traverses, et à la base par entrejambe en H. Les pieds avant sont réunis par une entretoise haute formant blason décoratif. Les dossiers sont hauts mais étroits et sans bois apparent. Ils sont recouverts de tissu, de cuir ou de tapisserie. Apparition des chaises cannées et paillées, des chaises à arcades d’inspiration espagnole, des chaises à pieds obliques. Les chaises à vertugadin sont spécialement conçues pour les imposantes et larges robes des dames. Les formes des tabourets sont carrés ou rectangulaires.
Les tables : en bois massif, chêne, châtaignier ou noyer.
La grande table est une table de monastère. Elle est formée d’un long plateau de 1 m 80 à 4 m, sur 60 à 80 cm de large, qui repose sur deux gros pieds à facettes placés dans l’axe central du plateau et s’appuyant sur des patins.
La petite table, peut être parfois aussi en chêne avec des incrustations. Les pieds et les traverses sont tournés en spirales, balustres, ou en chapelets avec une traverse d’entrejambe en H ou en fourche. Elle porte souvent en son centre un vase ou une toupie. Elle comporte en général un grand tiroir en ceinture.
Les lits : toujours adossés au mur, à dais ou à baldaquin. Trois soubassements masquent les pieds. Le ciel repose sur quatre colonnes de bois tourné ou recouvert d’étoffe. Ils peuvent être dissimulés sous de grandes tentures qui peuvent être relevées. Au-dessus, aux quatre coins, sont placés des ornements comme des vases, des représentations humaines, des bouquets de fleurs.
Les cabinets : à la mode sous Louis XIII, riches et précieux, ornés de marqueteries, d’incrustations, décorés de bas ou hauts-reliefs. Ils sont composés d’un corps supérieur en longueur, fermé par deux ou plusieurs portes, supportés par des colonnes étroites ou torses ou cariatides, le tout reposant sur un socle. Leur décoration intérieure est aussi chargée que celle de l’extérieur. Même si l’ébène domine, on trouve aussi d’autres matières comme l’écaille, l’ivoire, la nacre, des pierres dures ou des métaux tels que le cuivre et l’étain.
Les armoires : elles supplantent les coffres devenus plus rares. En chêne ou en noyer, elles se déclinent en deux versions :
A deux ventaux : elles peuvent s’élancer à 2 m 50 et sont sculptées soit de pointes de diamant ou composées de simples panneaux décorés et ornés de colonnettes tournées, indépendantes ou encastrées dans les montants. Elles sont moins fines que les armoires de petites dimensions.
A quatre portes ou bahuts à deux corps superposés : les moins nombreuses sont celles dont le corps supérieur est plus étroit et légèrement en retrait. Elles sont souvent ornées d’un mufle de lion tenant un anneau métallique servant de poignée et sont surmontées d’une corniche plus ou moins sculptée.
Chacune d’elles reposent sur des pieds à section rectangulaire ou en forme de sphère écrasée.
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Mobilier Louis XIV (deuxième moitié du XVIIe siècle et tout début du XVIIIe siècle) :
Sur une durée de 1643 et 1715 (durée du règne du Roi), il comprend trois périodes distinctes; la première, encore tout empreinte du style Louis XIII jusqu’en 1661, la seconde jusqu’ en 1685, à son apogée, et la dernière, moins faste, pour des raisons économiques (les guerres sont coûteuses et les caisses de l’Etat se vident). Le mobilier, en plus d’être utilitaire, devient un élément de décor. Une théâtralisation en quelque sorte !!! (ce qui n’a rien d’étonnant sous ce règne).
Ont été crées des manufactures et des ateliers royaux qui ont permis à l’artisanat de se hisser à un niveau tels qu’il servira d’exemple à l’Europe pour les deux siècles qui suivront.
Le style du mobilier ne s’aligne plus forcément les choix en architecture, même si, centralisation du régime de la monarchie absolue avec à sa tête un Louis XIV qui estimait n’avoir de compte à rendre à personne à part Dieu, l’unité de style et la discipline des artistes est imposée.
Les références à l’antiquité restent fortes, mais s’ajoute une influence décorative extrême-orientale grâce à l’importation de porcelaines en provenance de Chine et du Japon, obtenus à bas prix. Un contexte économique qui a permis un enrichissement esthétique, en quelque sorte. Mais comme les créateurs n’avaient de ces lointaines contrées que de très vagues notions, toute la latitude était laissée à la fantaisie, d’où le terme « chinoiserie ».
Les essences retenues sont le chêne, l’ébène, le le noyer, le poirier noirci. Certains meubles en bois massif sont sculptés et dorés. Les bâtis sont en bois massif également.
La marqueterie est très utilisée, surtout par le plus célèbres des ébénistes, Boulle, qui développe le procédé du placage.
Des matériaux d’origine animales sont utilisés (la corne, l’écaille, la nacre, l’ivoire, l’os) ou minérales (le cuivre et l’étain), ou le bois de couleur.
Pour protéger ces assemblages délicats, sur les arêtes de meubles sont fixés des garnitures décoratives en bronze ciselé et dorés.
L’ornementation appliquée au style Louis XIV est nombreuse, riche variée, raffinée, parfaitement exécutée et d’une symétrie rigoureuse. En voici quelques exemples.
La coquille du pèlerin, large et plate, en relief, la feuille d’acanthe, la palmette, les deux L entrelacés,
le soleil, bien sûr, avec, en son centre, souvent une tête féminine.
Les rinceaux qui sont des branches de feuilles et de fruits enroulées, les treillis, de losanges quadrillés et semés de perles ou de petites fleurs, les trophées, les draperies, les arcs, les glaives, les boucliers et les tridents, les cornes de bélier, les volutes en C ou en S, les chutes de feuillage, les triples cercles de liane sur les montants des armoires, les culots.
Les moulures sont sculptées: oves, perles, cannelures.
Beaucoup de bronzes dorés, gravés ou ciselés: la feuille d’acanthe, la palmette ou éventail au-dessus d’un masque féminin, les mascarons ou les têtes de faunes grimaçantes.
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En cette fin du XVIIe siècle, l’ornementation se fait plus gracieuse et plus libre, et la structure du meuble s’émancipe de la rigidité du style classique. Elle est symbolisée par des lignes harmonieusement galbées.
Les pieds sont droits et déclinés en balustre, en gaine à section carrée, ornementés, marquetés, en console autrement dit en forme d’S peu accentué.
Ils se terminent en toupie, en sphère écrasée, en griffe, en patte de lion, en sabot cubique et sont souvent en bois doré ou en marqueterie, sobres ou sculptés. Les entretoises sont en forme de console avec, en leur centre, un motif sculpté.
Le mobilier :
Les sièges, chaises et fauteuils.
Les sièges : en bois sculpté, souvent doré. Plus ou moins confortables malgré leur rembourrage et leur garniture d’étoffe. L’assise se trouve à 45 cm du sol, voire moins, avec des pieds en colonne carrée, ou légèrement galbés, reliés entre eux par des entretoises en croisillon et souvent ornés d’une coquille.
La hiérarchie sociale à cette époque détermine les sièges:
Le carreau, le plus simple, coussin quadrangulaire que l’on posait par terre pour s’asseoir.
Le placet, un tabouret à quatre pieds droits en balustre, avec un châssis rigide et rectangulaire, maintenu par un entrejambe en H, et souvent surmonté d ‘un motif au centre et d’une hauteur généralement de 41 cm.
Le ployant, plus rare, un tabouret avec des pieds en X, et les deux X étant reliés entre eux par une traverse.
Les fauteuils, en deux déclinaisons.
Le fauteuil classique : l’accotoir os de mouton, de la fin du style Louis XIII, évolue vers l’accotoir en console, ainsi que les pieds et les traverses. Certains pieds sont en balustre. Dossier très important, incliné en arrière et dont le dévers peut atteindre 20 cm. L’entretoise en H ou en X comporte au centre de la traverse une ou plusieurs volutes.
Le fauteuil de commodité ou de confessionnal : ancêtre de la bergère Louis XV, muni de deux joues rembourrées sous les accotoirs qui sont eux-mêmes tapissés, dossier à deux oreilles, fond du siège monté en creux, coussin de duvet posé dessus.
Les tables, en deux déclinaisons.
La console d’applique, placée contre un mur, très rare, seulement décorée sur trois faces, en bois doré et très sculpté, avec un dessus en marbre, en mosaïque de Florence, en marqueterie ou en porphyre d’Égypte. Il repose souvent sur des figures féminines, des mascarons ou des masques, entourés de rinceaux, de guirlandes et de festons. Les pieds sont verticaux ou arqués et rentrés vers l’intérieur, et un croisillon qui comporte en son centre un motif. Initialement à quatre pieds ce meuble n’en aura plus que deux.
La table de milieu large et richement décorée, composée de quatre pieds en gaine ou en balustre, ou en pied de biche avec deux courbes en S superposées. Avec une ceinture est très sculptée, et un motif central, on trouve aussi des tables en mosaïque de Florence à pieds balustre.
Pour ce qui concerne la table de la salle à manger, elle n’apparaitra en tant que tel que sous Louis XVI. Pour le moment, elle consiste simplement en une planche posée sur des tréteaux et recouverte d’un tapis.
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Les bureaux.
Reposent, au début du règne de Louis XIV, sur huit pieds jumelés, plaqués d’écaille, de cuivre ou d’étain. Le piétement est très particulier : deux groupes de quatre pieds reliés entre eux par deux traverses croisées en diagonale et supportant chacun les deux corps de tiroirs (bureau de type Mazarin ).
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A la fin du règne, ils prennent le nom de tables à écrire. Conservent seulement quatre pièces d’angle et comportent un alignement de tiroirs sous la ceinture. Les pieds sont arqués et ornés de bronze. Ils sont appelés pieds de biche. Tout comme les consoles, ils sont composés de plateaux de marqueterie,
de marbre ou de mosaïque, les tabliers sont abondamment sculptés, les tiroirs étant moins nombreux.
Les commodes.
Remplacent le coffre et le bahut. La commode Louis XIV est composée de quatre, trois ou deux tiroirs. Elle est l’œuvre de Charles Boulle. Deux déclinaisons.
La commode tombeau, à un ou deux tiroirs.
La commode à panse remplie, à deux ou trois tiroirs. La tablette de dessus est généralement en marbre. Elles sont en marqueterie à dessins: arabesques, ornements végétaux ; en bois sculpté rehaussé de bronzes ou en laque façon Chine.
Les guéridons :
Plus décoratifs que fonctionnels, appelés aussi torchères, ils possèdent le plus souvent trois pieds. Composés d’un plateau supporté par un corps représentant une figure allégorique ou un personnage maure. Leur plateau est toujours circulaire.
Les armoires.
En bois massif ou en marqueterie, elles conservent leur forme, sont rectangulaires et vastes, à un ou deux battants. Les panneaux sont nus ou décorés de motifs végétaux ou de pointes de diamant, parfois ornés de motifs en bronze. L’armoire a une corniche saillante et repose sur des pieds en sphère aplatie ou en griffe de lion. Beaucoup d’armoires parmi les meubles estampillés Boulle.
La bibliothèque.
Elle fait son apparition. Elle est à hauteur d’appui avec des ventaux grillagés à l’origine, mais remplacés par une vitre par la suite.
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Mobilier Régence (première moitié du XVIIIe siècle) :
Un style de transition sur une période courte, huit ans, de 1715 à 1723. Il « s’assagit » par rapport au ce qui précédait. Les lignes s’assouplissent et se courbent avec de la légèreté et de la fantaisie. Les références des ordres antiques sont plus librement interprétées. D’avantage de recherche dans l’élégance, surtout dans la conception des tables par la suppression des traverses d’entrejambe et galbe des pieds dits « pieds de biche » qui se terminent en « sabots ».
Une fine ornementation sculptée vient décorer les meubles en bois massif.
Pas d’innovation cependant sur l’ornementation en relief, obtenu par l’emploi des bronzes ciselés et dorés.
Sur la marqueterie, on préférera les placages de bois satinés, de palissandre, d’amarante, de bois de rose et de violette. Tout cela est assemblé en frisage le plus souvent.
Les autres essences de bois : Chêne, ébène (moins utilisé), poirier noirci, noyer, bois fruitier, hêtre, bois à veinures et à nœuds.
Les motifs ornementaux pour le mobilier : la coquille à cinq branches, la feuille d’acanthe dissymétrique, le palmier, les rinceaux courbes, la tête de faune et celle de femme coiffée d’un diadème, les fonds quadrillés ou pointillés, à motifs rocaille inspirés de l’art baroque italien : fleurs, rochers, plantes, coquillages, légumes, fruits, animaux. Toujours des motifs asiatiques: chinoiseries, pagodes, chapons, singes, fleurs exotiques.
Des innovations cependant : création de la forme galbée par le procédé du chantournement (opération qui consiste à découper le contour d’une planche selon une ligne courbe ou sinueuse).
Trois tiroirs sur les commodes qui sont conçues « en tombeau », c’est-à-dire que les formes sont inspirées des sarcophages et tombeaux antiques.
D’avantage de recherche de confort et un peu plus de soucis ergonomiques. Sièges plus maniables, le dossier s’abaisse, le cannage est le plus souvent employé sur les assises de dossiers (ou alors garnis). Les supports d’accotoirs sont placés en retrait, les pieds sont cambrés et les entretoises ne sont plus forcément intégrées.
Le mobilier :
Les sièges conservent la ligne des sièges de la fin du style Louis XIV, ils sont garnis de tissu ou souvent cannés, comme indiqué plus haut.
Les chaises et les fauteuils, en hêtre et en noyer, parfois en chêne. Les dossiers sont plus bas et de moins en moins entièrement garnis de tissu, le cadre à bois apparent se répand. Les pieds galbés en pied de biche, comme indiqué plus haut, puis en S, sont bas. Les traverses disparaissent. La ceinture galbée en accolade est ornée d’une coquille centrale.
Spécifiquement pour les fauteuils, manchettes rembourrées reposant sur des consoles d’accotoirs en forme d ‘S à crosses de feuillage stylisées. Le haut du dossier est chantourné, mais les côtés sont rectilignes.
Les bergères à oreilles, rembourrées, à manchettes. Le siège est garni d’un coussin.
Les Commodes, ventrues et à pieds courts. Profil sinueux dit profil en arbalète.
Du bronze employé de façon légère: feuillages et feuille d’acanthe.
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Les bureaux, plats en poirier noirci. Cinq tiroirs à caissons dont un central – quatre pieds galbés terminés en sabot – filets de cuivre – serrures et poignées en bronze doré. Un exemple, un bureau plat exécuté par Boulle en 1715, année de la mort du Roi Louis XIV, et qui fait partie de la nombreuse collection du Duc d’Aumale au château de Chantilly. C’est peut-être une des dernières commandes de l’ébéniste qui a décidé de « passer la main » à ses quatre fils après la disparition du souverain.
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Les lits à quenouille disparaissent peu à peu. Ils deviennent à bois apparent, à deux dossiers ou à trois côtés rembourrés, au fronton chantourné et décoré.
L’ébéniste le plus célèbre du règne de Louis XIV : André-Charles Boulle :
Né le 10 novembre 1642 à Paris, mort le 29 février 1732 dans la même ville, il n’est pas seulement un ébéniste, fondeur, ciseleur, doreur, et dessinateur français du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle. Ébéniste du Roi, il innovât en s’employant à associer du bronze doré à l’ébénisterie. Son talent, ses nombreuses commandes, sa longévité et son succès auprès de ses contemporains expliquent la profusion de ses œuvres.
Ci-dessous, quelques unes de ses créations.
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Des horloges et des cassettes sont aussi à l’actif de Boulle.
Il est à noter aussi que les instruments de musique, porcelaines, vaisselle et autres accessoires accompagnaient le mobilier.
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Notes personnelles sur l’hygiène en préambule avant d’évoquer la période suivante :
A partir du règne de Louis XV, le rapport à l’hygiène corporelle se perfectionnera et, avec l’arrivée des premières salles de bains, le mobilier adapté fera son apparition, comme la baignoire sabot, par exemple.
La chaise percée, déjà existante antérieurement, sera, bien entendu, un meuble qui aura sa place dans un cabinet de toilette.
Des horloges et des cassettes sont aussi à l’actif de Boulle.
Il est à noter aussi que les instruments de musique, porcelaines, vaisselle et autres accessoires accompagnaient le mobilier.
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Notes personnelles sur l’hygiène en préambule avant d’évoquer la période suivante :
A partir du règne de Louis XV, le rapport à l’hygiène corporelle se perfectionnera et, avec l’arrivée des premières salles de bains, le mobilier adapté fera son apparition, comme la baignoire sabot, par exemple.
La chaise percée, déjà existante antérieurement, sera, bien entendu, un meuble qui aura sa place dans un cabinet de toilette.
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Mobilier Louis XV et dit « de transition » (milieu du XVIIIe siècle) :
C’est la légèreté et l’élégance qui va primer sur une construction simple et rationnelle. Détachement par rapport aux références antiques dans un premier temps avant d’y revenir dans le style dit de transition.
Formes de meubles galbées avec des pieds toujours en console et des traverses découpées en arbalète. Le style italien va beaucoup influencer le mobilier Louis XV, comme on peut le voir, par exemple, avec cette console génoise du XVIIIe siècle et qui fait partie de la nombreuse collection du Duc d’Aumale au château de Chantilly.
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Sont utilisées les essences de bois suivantes : chêne, noyer, hêtre poli, naturel, laqué (laque noire et or, laque rouge) ou peint de couleurs tendres (blanc, rose, bleu, lilas, vert clair) parfois à plusieurs tons et à filets, le bois d’amarante et le bois de violette. L’acajou massif ou en placage, le prunier, le frêne pour les meubles moins beaux; le bois sculpté et doré est encore très à la mode. Beaucoup de marqueterie et de placage.
Le placage de bois des îles est à compartiments ou à mosaïque. Encadrement des panneaux de bandes en bois de couleur et de filets. Les motifs sont en damiers, losanges, rosaces, et en lignes géométriques.
Emploi dans la marqueterie des bois de différentes couleurs, ce qui permet de véritables compositions décoratives de motifs floraux, de scènes, de personnages, de guirlandes ou bouquets.
L’importation de panneaux en laque de Chine ou de Coromandel permet de les appliquer sur les bâtis des meubles.
En 1728, les frères Martin, de Paris, inventent une imitation de laque à base de copal, qui sera appelé « le vernis Martin », en vue de concurrencer les laques de Chine et du Japon, et surtout, moins coûteux.
Décoration riche s’inspirant du style Régence (chinoiseries) et de la rocaille, il est à noter une absence de symétrie. Elle sera de nouveau présente dans la transition.
Pour les motifs, emploi de la coquille, dissymétrique, la feuille d’acanthe, les feuillages entrelacés, les oiseaux, les bouquets, les fruits, ainsi que tous les attributs amoureux.
Les motifs « rocaille » sont souvent extravagants, tourmentés, asymétriques, inspirés surtout de certains coquillages.
Pour les chinoiseries, toujours en vogue, représentation de mandarins, magots, pêchers, paysages, statues à personnages.
Pour les cartouches emploi de la coquille ailée à deux carquois entrecroisés, guirlandes de fleurs.
La tête de femme est encadrée de « rocaille » et de beaucoup de fleurs. Représentation aussi de chutes, de fleurs enroulées, et la petite fleur remplace la coquille Louis XIV sur les sièges.
Les bronzes et les cuivres sont très employés aussi pour les serrures, les extrémités des pieds, les angles,
Arêtes, avec des motifs identiques à ceux du bois sculpté.
Moulures légères, découpées, chantournées et marbres gris, rouge, rose, vert, orange ou bleu.
Le piétement pour tous les meubles, des tables et des sièges sont en en forme de pied de biche, c’est-à-dire constituées par deux sections superposées et contrariées formant un S, gracieux et légers, en général terminés en sabot de bois ou de métal ou en petit pied vertical.
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Le mobilier :
Les sièges :
Légers et confortables, en bois sculpté naturel, doré ou peint avec une décoration sobre. Exemple le plus courant, deux ou trois fleurettes au centre de la ceinture et du haut du dossier, les lignes sont courtes, sans angles droits, des pieds en S plus ou moins prononcés. Garnis de tissu et parfois cannés.
Les chaises et les fauteuils ont une essence de bois en hêtre, en noyer, en bois peint de couleur claire, ou doré. De forme trapézoïdale, le dossier est violoné et chantourné en haut et en bas. Les pieds sont en S, en pied de biche appuyé sur un petit dé en bois. Les dossiers sont à la reine quand ils sont droits, en cabriolet s’ils s’incurvent légèrement, ou en lyre (plus rare). Elles sont parfois ornées de motifs rocaille, et souvent cannées.
Les accotoirs sont garnis de manchettes et reposent sur des consoles en retrait légèrement rembourrées et ne prolongent plus les pieds.
On retrouve des types de fauteuils comme :
Le cabriolet, léger, à dossier concave et violoné, c’est-à-dire étranglé en son milieu;
La bergère, plus importante et plus profonde, à joues pleines, bassse et garnie d’un épais coussin de plume. Elle se décline en bergère à confessionnal (à deux larges oreilles) et la bergère en gondole.
Le fauteuil marquise, pour deux personnes, appelé parfois demi-canapé, avec un bois apparent et un dossier bas.
Le fauteuil de bureau ou de cabinet, une création très caractéristique du style Louis XV. Le plan forme un demi-cercle; le siège formant saillie en avant est supporté par un pied. Les trois autres pieds sont disposés de façon symétrique autour de celui-ci. Le dossier est bas et arrondi. Ils sont souvent garnis de cuir ou cannés. Le fauteuil de toilette est de forme analogue.
Les canapés, à dossier chantourné, souvent à trois places, à joues pleines. Ils sont en gondole ou en corbeille.
Les chaises longues. Elles sont très à la mode: ce sont des bergères allongées en une ou deux parties, à un ou deux dossiers. Elles sont en duchesse, en ottomane, en sofa, en sultane.
Les tabourets à ceinture décorée, à pieds de biche.
Les commodes :
En acajou, en noyer ou en palissandre, marquetées, vernies ou laquées, recouvertes de marbre à bords chantournés. Elles sont ornées de bronzes dorés et ciselés.
Les deux formes les plus fréquentes.
La commode à pieds élevés et cambrés, à deux tiroirs superposés, fine et élégante.
La commode à pieds bas et trapus, à plusieurs tiroirs, beaucoup plus massive.
Appellation des commodes : en tombeau, à la Régence (très ventrue, à trois tiroirs), religieuse (petite et étroite), en console.
La chiffonnière, petit meuble dérivé de la commode, plus haut que large. Il est porté par des pieds généralement élevés; à deux ou trois tiroirs dont un s’ouvre sur le côté; très décoré, laqué et peint de sujets chinois, ou marqueté.
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Les tables :
Elles deviennent légères et maniables, sans traverses d’entrejambe, pas encoire de table de salle à manger (planche et tréteaux).
Celles que l’on peut trouver sont en général de petites dimensions avec un piétement le plus souvent en pied de biche, terminé par des sabots en bronze doré ou par une volute reposant sur un petit dé; les ceintures sont abondamment découpées et décorées de motifs: coquille Louis XV; motifs « rocaille », rinceaux d’acanthe.
Les variétés des petites tables que l’on déplace :
La table à jeu, souvent à plateau mobile muni d’un damier pour le jeu de trictrac (jeu de société de hasard raisonné pour deux joueurs qui se joue avec des dés sur un tablier semblable à celui du backgammon. Il appartient à la famille des jeux de tables).
La table servante, ronde, carrée ou triangulaire.
La table à écrire, qui contient un tiroir et une tablette que l’on peut tirer.
La table à ouvrage, à tiroir et à plateau formant traverse.
La table de chevet, qui se décline en deux types. Une petite armoire à deux vantaux surmontée d’un casier à volet coulissant en lames de bois, et d’un tiroir.
Une armoire plus haute à deux vantaux, sous un casier à volet coulissant sans tiroir.
Les tables de toilette appelées aussi coiffeuses ou poudreuses, dessus à trois abattants, celui du milieu s’élevant verticalement et formant miroir. A l’intérieur des deux abattants encadrant le miroir se trouve un compartimentage; dans la ceinture deux tiroirs latéraux, un tiroir central et une tirette.
Autres petites tables: la liseuse, la table d’accouchée à pupitre amovible, pieds courts et bras de lumière.
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Les bureaux :
Le bureau plat, rectangulaire à coins arrondis, pieds cambrés ornés de feuilles en bronze doré. Il est souvent en chêne plaqué de palissandre, à trois tiroirs: un au centre, droit et légèrement en retrait; les deux autres suivent la forme de la ceinture. Un exemple ci-dessous qui fait partie de la nombreuse collection du Duc d’Aumale au château de Chantilly.
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Le bureau à cylindre apparaît vers 1750, souvent en marqueterie avec abattant à cylindre fermant tablettes tiroirs intérieurs.
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Le bureau dos d’âne, meuble féminin, petit et fin, avec un abattant incliné découvrant tablettes et tiroirs.
Le bureau capucin, bureau de dame à cachettes, à secrets et à ressorts dissimulés. L’abattant est brisé horizontalement: la partie supérieure se relève et découvre en elle-même une série de casiers; la partie inférieure forme table à écrire lorsqu’elle s’abat. Petits tiroirs latéraux qui s’actionnent au moyen de ressorts cachés.
Il y a encore beaucoup d’autres petits bureaux de dame fins et marquetés.
Le secrétaire de dame en marqueterie, divisé en deux parties: l’une, inférieure fermée par deux vantaux, l’autre supérieure, par un abattant ou deux volets coulissants, découvrant une série de tiroirs et une petite armoire; tiroir horizontal entre les deux parties.
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Les consoles :
En bois naturel ou doré, elles sont très sculptées, à deux pieds cambrés abondamment décorés, souvent de motifs «rocaille », soutenant une tablette recouverte de marbre qui peut être bleu, vert, rouge, blanc veiné. Elles sont placées sous les glaces.
Les lits :
De forme très variées, en voici trois déclinaisons :
Le lit à la duchesse, à ciel d’où tombent de grands rideaux qui dégagent entièrement l’avant du lit.
Le lit d’ange, à dossier de bois apparent; il est surmonté d’un ciel;
Le lit à la polonaise, petit dôme à quatre rideaux relevés par des embrasses
Le mobilier régional :
Ce sont les meubles de province, dits « rustiques » en bois massif, c’est-à-dire sans placage : les moulures et les sculptures sont directement taillées dans le bois. Les essences les plus répandues: chêne et noyer. Viennent ensuite: le merisier, le poirier, l’amandier, le hêtre et le sapin.
A noter que la technique du vernissage était dite « au tampon » qui permet une finition et donne une patine avec le temps, contrairement à la technique moderne de fabrication du mobilier néo-rustique, dite « au pistolet » qui se prétend donner un aspect « vieilli ».
Quelques exemples typiques :
Lebuffet Louis XV, bas d’armoire surmonté d’un corps à étagères;
Le garde-manger provençal, les armoires Louis XV, de grandes dimensions, à deux ou trois panneaux moulurés; fronton cintré sur les côtés, traverse inférieure décorée et festonnée.
Les meubles dérivés de l’armoire: la bonnetière, petite armoire à une porte, la panetière provençale, le pétrin.
Quelques ébénistes célèbres de l’époque de Louis XV :
Les premières estampilles furent celles des ébénistes David Roentgen, Georges Jacob, Gonthière, Jean-François Leleu, Louis Dufour, Avisse, Cresson, Louis Delanois, Bernard; Boudin, Dubois, Delorme (meubles de laque , marqueterie), Dumoulin (commodes laquées style rocaille), Cressent, Gaudreau Joseph; Lacroix, Migeon, Oeben, Peridies.
La signature du maître ébéniste est précédée de J.M.E (initiales des mots juré maître ébéniste). La signature est placée en général sous le marbre pour les commodes et les secrétaires, les sièges sont signés sur le dossier ou à l’intérieur du bâti.
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Nicolas globe croqueur (et photographe).
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