0-0-0
Voici une analyse d’une réalisation architecturale. Il s’agit de la Cité Radieuse de Marseille, par Le Corbusier.
0-0-0

0-0-0
Contexte :
La Cité Radieuse est la première commande publique de l’architecte et urbaniste Le Corbusier (1887-1965), qui est inclue dans le cadre du programme de chantiers expérimentaux pour la reconstruction de l’après-guerre.
Intention :
La conception voulue par le Corbusier est en fait, une synthèse du modèle des cités jardins périphériques et de celui de la grande ville. Il retient le caractère individuel du logement et le rapport architecture / nature d’une part, et la notion de densité urbaine et du binôme logement / équipement, d’autre part, indissociable, selon lui, à toute forme d’habitat moderne. Les pilotis libèrent le sol et permet la promenade ou laisse place aux terrains de jeux.
Le Corbusier a voulu un « village vertical » (avec la place du village, autrement dit, un seul hall d’entrée pour 330 appartements), et a cherché à mettre l’humain au centre de ses préoccupations en répondant à ses besoins, essentiellement sociaux, par des espaces collectifs, une rue commerçante pour répond aux nécessités de tous les jours, l’école pour l’instruction, le cinéma et la bibliothèque pour la culture, la terrasse pour les rencontres.
L’ajout des couleurs (douces) n’est pas neutre non plus et a pour vocation d’apaiser les esprits.
Structure générale :
Barre d’habitations commencée, 1947 et terminée en 1952, construites sur pilotis et répondant aux besoins de reconstruction de logement après la Seconde Guerre Mondiale.
Dimensions : 137 mètres de long, 24 mètres de large et 56 mètres de hauteur.
Matériau utilisé, béton armé gris, agrémenté par des touches de couleurs sur les murs des balcons.
Le bâtiment repose sur 36 pilotis. La terrasse est coiffée de 2 cheminées sculpturales et a accueilli un gymnase avant qu’il ne soit transformé en centre d’art en 2013. L’orientation du bâtiment a été choisie selon l’axe du cheminement du soleil, autrement dit, les façades principales sont orientées à l’Est et à l’Ouest.
0-0-0

0-0-0

0-0-0
Respect de la réglementation des établissements recevant du public oblige, un escalier d’évacuation permet d’évacuer le centre commercial situé au 3ème étage.
L’ensemble abrite 337 appartements, un centre commercial et culturel, une crèche, d’abord, une école maternelle ensuite, un hôtel de 21 chambres. L’usage de la terrasse est partagé entre les désirs des habitants et les temps de récréations des enfants de l’école maternelle.
Caractéristiques particulières qui ont structuré le projet :
Le principe du Modulor caractérise le bâtiment. C’est un système de mesures lié à la morphologie humaine basé sur le nombre d’or et la suite de Fibonacci, calculé par le quotient de sa taille (1m83) par la hauteur de son nombril (1m13) qui de 1,619, soit le nombre d’or au millième près. Celui-ci est d’ailleurs matérialisé par une empreinte sur le béton à la base de l’immeuble ainsi que sur un petit vitrail.
0-0-0

0-0-0
Organisation des appartements :
Les appartements conçus en emboitements, se présentent comme des petites maisons familiales à double niveau prolongées par des loggias qui font office de jardin, avec un caractère fermé pour préserver l’intimité du logement, sans oublier l’apport de la nature dans le celui-ci. Le résultat est un mélange d’idées empruntées d’une part, à un programme immobilier formulé par le Groupe de l’habitation franco-américain que Le Corbusier a découvert dans une publicité en 1922 et d’autre part à la chartreuse de Galluzo au Val d’Ema en Italie, visitée en 1907.
Selon l’architecte, le logis se définit comme le contenant « d’une famille » qui peut être inséré dans une « ossature portante », conçue comme une structure d’accueil. Après avoir défini une cellule de base, elle va permettre d’assembler 2 cellules orientées et imbriquées autour d’une rue intérieure, ce qui aboutit à un système d’étage courant qui s’organise sur trois niveaux. De larges couloirs départagent les cellules de part et d’autre du bâtiment et sont conçus comme un espace de circulation et, là aussi, de rencontre entre les habitants. Au dernier étage, le déambulatoire, fait face à la mer.
Pourquoi ce projet m’a marqué ?
Les innovations esthétiques de Le Corbusier, à savoir les pilotis, les fenêtres plus larges que hautes, les avancées de façades en balcons, le toit terrasse.
Le pari de rendre heureux et satisfaits les habitants de la Cité Radieuse aura été réussi. Le Corbusier, cet « ami des hommes » voulait « à tout prix créer pour eux et, peut-être malgré eux, les conditions du bonheur ». Après plus de 70 ans, certains copropriétaires y habitent depuis 1952, et leur niveau de vie, plutôt élevé permet l’entretien de la résidence.
Focus sur la conception des appartements.
On y trouve 14 configurations d’appartements et une 15ème, la chambre d’hôtel. Celle, la plus courante est le duplex traversant de type E2. Tous les appartements sont conçus selon la combinaison de 3 cellules de base. D’abord l’entrée, la cuisine et la salle commune, puis la chambre des parents et la salle de bains, enfin les chambres d’enfants et les installations sanitaires. Les logements peuvent être destinés à des célibataires, à des couples ou à des familles ayant 2 à 8 enfants. 321 appartements composent l’immeuble, auxquelles s’ajoutent 14 chambres d’hôtel.
Un appartement comme à l’origine, et correspondant au type le plus courant, appelé E2, a été reconstitué à l’identique dans ses moindres détails à partir de 2002. Il s’agit d’un duplex de plus d’une centaine de m2, avec une mezzanine orientée est/ouest. La surface habitable est de 98 m2 à laquelle s’ajoutent 2 loggias qui totalisent un peu plus de 11m2. L’ensemble correspond à un appartement de type 4, avec une largeur de 3 m 66 et une profondeur de 24 m, balcons compris.
Particulièrement novateur pour l’époque, la distribution de l’appartement est pensée pour permettre à la fois le regroupement familial dans la salle commune et l’isolation de chacun. L’aménagement intérieur inclue rangements et le mobilier repose sur une recherche de spatialité associée à celle de fonctionnalité, grâce aux travaux conjoints de Le Corbusier, Charlotte Perriand et Jean Prouvé.
Au 1er niveau, une porte de couleur rouge avec une boite aux lettres incorporée marque l’entrée de l’appartement, surmontée d’un éclairage artificiel indirect. Sur la gauche, on peut découvrir un casier de livraison en tôle bleu qui fait la liaison avec la cuisine. En partie basse de la porte d’entrée, un portillon permet un accès direct à la glacière sous l’évier, en partie haute, le compteur électrique. La couleur des casiers varie d’un étage à un autre, et confère aux rues, leur identité. La polychromie des portes d’entrée est complétée, en façade, par les brise-soleils et stores.
Sur la gauche de la petite entrée, la cuisine est dissimulée au regard. En revanche, l’accès est direct à la salle de séjour composé de la salle à manger et du salon ne faisant qu’un, ce qui confère une fluidité spatiale, à laquelle participe la cuisine ouverte. Elle a été voulue par Le Corbusier pour permettre à la personne aux fourneaux de pouvoir s’intégrer aux conversations de celles présentes dans la salle de séjour qui se caractérise par sa double hauteur, ce qui confère un beau volume spatial et, surtout, une pénétration lumineuse. Elle s’ouvre sur une loggia, équipée d’une dalle brise-soleil horizontale. Un seuil en chêne massif permet l’accès à la loggia, et peut faire office de banquette qui se soulève et dissimule un radiateur, détail significatif de l’art et de la manière de Le Corbusier et de Charlotte Perriand de chercher à conjuguer fonctionnalité et agrément.
0-0-0

0-0-0
La cuisine ouverte est très fonctionnelle et très bien équipée : une plaque chauffante électrique, un évier en fonte d’aluminium riveté à un plan de travail en tôle d’aluminium incrusté de carreaux de céramique, un broyeur électromécanique de déchets organiques, une hotte aspirante, une glacière, des rangements en partie basse et des rangements hauts avec éclairage intégré, un meuble passe plat que coiffe un plateau de bar en bois massif. Les portes coulissantes, laquées en couleur sont équipées de poignées de bois ergonomiques conçues par Jean Prouvé.
Un escalier métallique avec des marches en chêne, signé Jean Prouvé permet l’accès au 2ème niveau. On y trouve un couloir avec du rangement et du mobilier intégrés aux murs, comme dans l’ensemble de l’appartement, d’ailleurs (placards aux portes coulissantes et niches de rangement). C’est une manière d’optimiser l’espace en réduisant l’apport de meubles personnels. Ainsi, aucune place n’est perdue, le couloir donnant accès aux toilettes et à la douche bateau réservée aux enfants.
0-0-0

0-0-0
La chambre parentale en mezzanine au-dessus de la salle de séjour est éclairée par la lumière de la verrière. Aménagée avec 2 tables de nuit de part et d’autre de l’emplacement du lit, d’un meuble à langer qui est encastré, d’un garde-corps bibliothèque et d’un placard équipé d’une porte à double battant. Cette chambre permet l’accès à la salle de bains dans laquelle se trouve une baignoire, un bidet et un lavabo.
Les 2 chambres d’enfant mesurent 1 mètre 83 en largeur et 8 mètres en longueur, et sont traitées en symétrie. Chacune d’elle se définit en trois espaces : un coin toilette avec lavabo séparé par une armoire du coin repos, et un coin activités. Une grande cloison coulissante aux faces recouvertes d’ardoisine, sert de tableau noir aux enfants. Fermée, elle garantit l’intimité, ouverte elle permet un espace d’activité ou un terrain de jeu. Deux grandes niches carrées peuvent faire office de bibliothèque.
Ci-dessous, des visuels des chambres d’enfant.
0-0-0

0-0-0
Et pour terminer, voici des exemples d’aménagements d’appartements dans la Cité Radieuse.
0-0-0

0-0-0
C’est tout, … pour le moment !!!
Nicolas globe croqueur.
0-0-0























































































































































































